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Pourquoi une rubrique consacrée aux romans policiers étrangers ?
Tout d'abord parce que leur lecture permet une meilleure appréhension des conditions de travail, du mode de vie de nos collègues dans des pays aussi divers que l'Islande, la Suède, l'Italie ou la Chine... Ouverture sur le monde, meilleure connaissance des autres... N'est-ce pas là un des objectifs prioritaires de notre association ?
Ensuite, parce qu'ils nous invitent à un périple à travers le monde, en compagnie des différents héros, qu'ils s'appellent Erlendur; Wallander, Chen ou Brunetti... Au fil des lectures, ces personnages nous deviennent familiers. Nous cernons peu à peu leur personnalité souvent complexe. Ce ne sont pas des "superflics", mais avant tout des êtres humains, tentant de surmonter leurs faiblesses et leurs échecs . Leur vie personnelle est rarement une réussite. ils ont parfois sujets au doute quant à l'utilité de leur mission, dans des sociétés en plein bouleversement. Ils se trouvent confrontés aux évolutions politiques, sociales, écononomiques locales, décrites sans concession. Les paysages, les cités servant de décor à leurs enquêtes, sont peints de manière très réaliste, parfois "crue". Nous voici plongés dans la réalité, tellement différente des images véhiculées par les offices de tourisme ! Une véritable immersion dans l'Histoire, la Culture, l'Ame de ces pays, auxquels nos héros restent, en dépit de tout, viscéralement attachés! Qui oserait prétendre que le "polar" ne constitue pas une littérature à part entière.
LES ROMANS VENUS DU FROID : l'ISLANDE


Défilé lors de la fête nationale le 17 juin
Comment un aussi petit pays (un peu plus de 300 000 habitants) peut-il produire une littérature policière aussi riche ? C'est un mystère, comme l'est pour beaucoup d'entre nous, cette île perdue au milieu de l'Atlantique Nord, aux paysages incroyables de "commencement du monde"! Une explication rationnelle peut toutefois être avancée : les Islandais figurent parmi les plus grands lecteurs au monde et l'Islande détient des records mondiaux de livres lus par habitant. Peut-être les longues nuits d'hiver ne sont-elles pas étrangères à ce phénomène... ? Cette littérature relatvement jeune s'est développée au cours de ces dernières années sous la houlette de Arnaldur INDRIDASON, qui a entraîné dans son sillage d'autres écrivains talentueux tels Arni THORARINSON et Jon Allur STEFANSON.

Arnaldur Indridason né le 28/01/1961
La force des romans d'Arnaldur INDRIDASON repose avant tout sur la personnalité attachante de son héros, le Commissaire ERLENDUR, défini par l'auteur comme "flic parfait, mais homme en ruine". Taciturne, il vit seul dans un petit appartement (sa tanière), se nourrit exclusivement de plats surgelés et insipides. Sa vie familiale est un désastre : son ex-femme lui voue une rancune tenace, ses tentatives pour se rapprocher de sa fille qui se drogue sont maladroites. Il ne supporte pas les hivers interminables, pendant lesquels l'île est balayée par les vents, mais ne supporte pas mieux l'été et son éternelle lumière.
De plus, depuis l'enfance, il porte en lui le traumatisme causé par la mort de son petit frère, disparu dans une tempête de neige à l'âge de 10 ans alors qu'ils faisaient ensemble une promenade en montagne. Il se sent coupable et se reproche de ne pas avoir su le protéger. Le temps s'est figé et l'image de son frère le hante. Ainsi, dans Hiver arctique, la vision intolérable du corps d'un petit garçon assassiné le renvoie à ce douloureux souvenir et ouvre une nouvelle fois une blessure jamais totalement refermée : "son esprit s'en alla déambuler au-delà des montagnes et des landes jusqu'à un autre enfant qui le suivait comme une ombre triste à travers la vie". Vaine tentative d'exorciser ce fantôme ou fascination masochiste, il se complait à lire des histoires de disparition, fréquentes dans ce pays, et qu'il explique en partie par les conditions climatiques particulières de son île, "enfer météorologique impitoyable, où les gens se perdent et s'évanouissent comme si la terre les avait engloutis."
La nature est très présente dans l'oeuvre d'INDRIDASON. Mais les paysages qu'il dépeint son âpres et sombres, bien éloignés d'une Islande de cartes postales. C'est ainsi qu'il décrit le désarroi d'une jeune Thaïlandaise lorsque, à sa sortie de l'aéroport de Reykjavik, elle découvre le pays où elle allait désormais vivre : "par la vitre du bus, elle n'apercevait qu'un champ de lave tout plat. Nulle part on ne voyait de végétation et même pas un bout de ciel bleu. Quand elle était sortie de l'avion, elle avait senti l'aire polaire se cogner contre elle, comme une muraille glaciale".
Cette terre est également capricieuse, colérique, sujette aux séismes. Dans L'homme du lac, un tremblement de terre a provoqué une baisse du niveau des eaux d'un lac, ce qui a mis à jour un squelette lesté d'un émetteur radio portant des caractères cyrilliques. ERLENDUR va exhumer le passé et son enquête va nous ramener à une époque de la guerre froide.
Guère étonnant que dans un univers aussi hostile, les habitants abusent du Brennivin, le Schnaps local ! On boit beaucoup dans le roman policier islandais ! Drogue, alcoolisme, violence, racisme... Les travers de la Société islandaise sont exposés sans aucune complaisance. L'île, frappée par la mondialisation, n'échappe pas à la tentation de se replier sur elle-même. Face à l'invasion de la culture américaine (ERLENDUR lui-même s'insurge contre l'usage immodéré d'expressions anglaises par ses jeunes collaborateurs), confrontée à une immigration nouvelle, l'Islande s'interroge sur son identité nationale. Cédons la parole à l'un des personnages du roman Hiver arctique : "Il me semble qu'au fur et à mesure que le nombre d'immigrés augmente, nous devons nous employer à leur enseigner notre histoire, notre culture et à encourager ceux qui acceptent de venir vivre ici, dans le froid, à ne pas leur tourner le dos". Vaste débat qui dépasse les frontières de l'Islande....
Article Signé : Olivier BOULENGUEZ












Merci à Jacques SALES pour ces belles photos prises lors de son voyage dans l'Ile de Glace en août 2009
Une police réduite mais moderne
La police islandaise présente un format réduit vu le territoire à couvrir : 700 personnes. La population peu nombreuse et une délinquance réduite justifient ce chiffre. Ainsi, en 2003, 83.121 infractions ont été enregistrées dans le pays. 72% étaient des infractions au code de la route, quand 20% seulement de ces faits constituaient une violation du code criminel. Entre 1999 et 2003, on comptait en moyenne un homicide et 13 vols pour 100.000 habitants. Cependant, malgré ce constat avantageux, l'isolement de l'île justifie à lui seul un équipement complet et des équipes autonomes, sous peine d'inefficacité.
Un laboratoire national de police scientifique est ainsi rattaché au National Commissioner. Il contrôle toutes les opérations de police scientifique dans le pays ainsi que les inscriptions dans les banques de données nationales (ADN, enpreintes digitales). Les interventions sur le terrain sont gérées par la police de Reykjavik qui maintient, elle aussi, un laboratoire de police scientifique. Les archives des photos et des enpreintes collectées sont sous sa responsabilité. En 2001, le fichier des empreintes digitales a été informatisé, le redant compatible aux autres fichiers européens.
A l'instar de la Gendarmerie française, la police islandaise dispose d'une unité d'identification des victimes de catastrophes. Elle est certes réduite (1 médecin légiste, 1 dentiste et 2 policiers), mais sa seule existence démontre bien le souci des Islandais à rester en phase avec l'actualité. Cette unité a ainsi été déployée en 1999 au Kosovo à la demande du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La-Haye (Pays-bas).
Une brigade de lutte contre le trafic de drogue existe également au niveau national, ainsi que des cellules de lutte contre le blanchiment de l'argent sale et la délinquance économique et financière.
La police islandaise dispose d'un groupe d'intervention chargé du maintien de l'ordre et de la gestion des interventions nécessitant un usage des armes. C'est le seul cas où les policiers islandais sont armés. Si chaque policier est formé au maniement des armes à feu, il ne porte qu'une matraque et un container lacrymogène en service courant. Les armes à feu sont proscrites, y compris pour le groupe d'intervention lorsqu'il agit dans le cadre normal du service. La proximité prime ainsi sur la dissuasion.
Ce modèle est-t-il transposable, en France par exemple? C'est peu probable. La délinquance, en chiffres et en nature, est totalement différente. Les moyens de la traiter le sont donc aussi.
L'avenir
En tout état de cause, avec un budget de la police s'élevant en 2007 à 110,2 millions de dollars US (soit 260,3€/habitant en France), la police islandaise parvient à répondre efficacement aux exigences de ses administrés. Pour de multiples raisons, elle devra cependant accroître ses moyens et s'adapter aux multiples changements que connaît en permanence le pays.
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