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I.P.A. Paris

Culture
En Suède avec Wallander PDF Imprimer Email
Samedi, 10 Avril 2010 08:15


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Le succès fulgurant de la trilogie Millenium, de Steg Larsson et de son héros, le journaliste d'investigations, Michel Blomkvist, a mis en lumière l'originalité d'une littérature policière suédoise très ancrée dans la réalité sociale et qui appartient à une tradition pourtant déjà ancienne. Dès 1965, Per Walhoo et Maj Sjowall révélaient au travers des enquêtes de l'inspecteur Beck, les dérives de la société scandinave. Ils ont été suivis de nombreux auteurs de talent, dont les plus récents sont Ake Edwarson et Camilla Lackberg.

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Henning Mankell

Mais le Maître incontesté reste Henning Mankell, dont le héros principal, Kurt Wallander, officie au Commissariat d'Ystadt, une petite ville de Scanie. La Scanie, une région située tout au sud de la Suède, qui apparait comme un personnage à part entière ! Elle est dépeinte comme une terre plate et balayée par les vents, une péninsule baignée par une mer glaciale "où la brume entoure constamment les gens d'invisibilité" ! Un décor qui n'est pas particulèrement gai, "rien que des champs marrons qui s'étalaient dans toutes les directions comme un océan de vaguelettes pétrifiées" et qui finalement correspond assez à la personnalité de Wallander, homme mélancolique, taciturne et quelque peu dépressif. Il appartient à la même race de flic que son collègue islandais Erlandur* : une vie familiale chaotique, une épouse qui l'a quitté, une fille avec laquelle il n'a jamais su communiquer, des relations conflictuelles avec son père, artiste imprévisible qui n'a jamais accepté sa décision d'entrer dans la police.


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En bleu plus foncé, au sud : la Scanie et le détail de la Scanie

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Paysage de Scanie

Wallander est un héros - ou plutôt un anti héros - très humain, qui, loin d'être "figé", évolue au fil des romans. Il a 42 ans dans "Meurtriers sans visage", il a largement dépassé la cinquantaine dans le dernier ouvrage. A chaque nouvelle aventure, on le sent de plus en plus désabusé. Sa lassitude est de plus en plus palpable, tant sur le plan moral que sur le plan physique. Il éprouve une véritable angoisse devant le temps qui passe et l'apparition des premiers signes de déclin : la vue qui baisse, la fatigue qui ne le quitte plus... Une angoisse qui devient panique lorsqu'il apprend qu'il est diabétique. Il a alors le sentiment "que le temps l'a dépassé, qu'il a franchi son zénith".

Il est temps pour lui, dans le roman "Avant le gel" de passer le relais à sa fille Linda, avec laquelle il s'est enfin réconcilié et qui est devenue comme lui policier. N'a-t-il pas laissé toutes ses forces dans ce métier de flic? Un métier auquel il s'est dévoué corps et âme, une passion qui l'a dévoré : beaucoup trop de nuits sur le fauteuil du bureau, de repas trop vite avalés... ou oubliés. Cependant, peu à peu, le doute s'installe et s'amplifie : "son travail n'est-il finalement qu'un cauchemar mal payé? Ne le paie-t-on pas d'ailleurs pour supporter l'insupportable?". D'autant qu'il se montre sceptique quant à l'évolution de la police : "il y a de moins en moins de policiers sur le terrain et de plus en plus de personnel administratif, de plus en plus de gens chargés d'organiser le travail des autres". Bientôt, regrette-t-il dans "L'homme qui souriait", "il n'y aura plus que des policiers assis dans les bureaux en train d'envoyer de la paperasse à d'autres policiers". Il fait preuve d'une ironie grinçante à l'égard des réformes, de plus en plus incompréhensibles, venues de Stockholm, la lointaine capitale. Même le projet de changement d'uniforme ne trouve pas grâce à ses yeux : "le policier de l'avenir va ressembler à un croisement entre un menuisier et un cheminot".

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Rue d'Ystadt

Il s'insurge devant le manque crucial de moyens de la police suédoise, les réductions d'effectifs, qui favorisent le développement des milices privées dans une Société dominée par la peur face à une criminalité de plus en plus violente. "La Suède est devenue un pays dur et brutal où les portes fermées devenaient de plus en plus nombreuses... De plus en plus de serrures de de codes d'accès".

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Ystadt

La Suède d'Hennig Mankell est bien éloigné du fameux modèle dans lequel se projetait l'Europe entière. Nous découvrons l'envers du décor et le prétendu paradis ressemblerait plutôt à l'enfer : tueur en série, crimes sanglants, suicides de jeunes, xénophobie, drogue, terrorisme, trafics de jeunes étrangères... On ne peut s'empêcher de penser "qu'il y a vraiment queque chose de pourri dans le Royaume de Suède...".

Wallander assiste, impuissant et amer, à la transformation profonde d'une nation dans laquelle il se sent de plus en plus étranger. Il constate avec tristesse que "la Suède qui était la sienne, où il avait grandi, ne reposait pas sur des fondations aussi solides qu'on le pensait. En dessous, il y avait des sables mouvants. Le pays s'effondrait tout autour de lui comme un gigantesque assemblage d'étagères". La désllusion est immense, à la mesure des espoirs que le système scandinave avait engendrés. "Ce modèle fait d'équilibre, de tolérance, est définitivement mort, en même temps que l'Etat providence...".

* Voir l'article précédent dans "Voyage dans les romans étrangers du monde" : Les romans venus du froid

Quelques ouvrages où vous retrouverez notre héros Kurt Wallander :
  • Meurtriers sans visage
  • Les chiens de Riga
  • L'homme qui souriait
  • Le guerrier solitaire
  • La cinquième femme
  • Les morts de la Saint Jean
  • Avant le gel
Article signé : Olivier Boulenguez

Le plus long pont ferroviaire et automobile d'Europe

Depuis le 1er juillet 2000, le pont de l'Orensund et son prolongement par une île (artificielle) puis un tunnel, relie Malmö (capitale de Scanie) en Suède à Copenhague au Danemark.

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Voyage dans les Romans policiers du monde PDF Imprimer Email
Samedi, 09 Janvier 2010 13:43

 

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Pourquoi une rubrique consacrée aux romans policiers étrangers ?

Tout d'abord parce que leur lecture permet une meilleure appréhension des conditions de travail, du mode de vie de nos collègues dans des pays aussi divers que l'Islande, la Suède, l'Italie ou la Chine... Ouverture sur le monde, meilleure connaissance des autres... N'est-ce pas là un des objectifs prioritaires de notre association ?

Ensuite, parce qu'ils nous invitent à un périple à travers le monde, en compagnie des différents héros, qu'ils s'appellent Erlendur; Wallander, Chen ou Brunetti... Au fil des lectures, ces personnages nous deviennent familiers. Nous cernons peu à peu leur personnalité souvent complexe. Ce ne sont pas des "superflics", mais avant tout des êtres humains, tentant de surmonter leurs faiblesses et leurs échecs . Leur vie personnelle est rarement une réussite. ils ont parfois sujets au doute quant à l'utilité de leur mission, dans des sociétés en plein bouleversement. Ils se trouvent confrontés aux évolutions politiques, sociales, écononomiques locales, décrites sans concession. Les paysages, les cités servant de décor à leurs enquêtes, sont peints de manière très réaliste, parfois "crue". Nous voici plongés dans la réalité, tellement différente des images véhiculées par les offices de tourisme ! Une véritable immersion dans l'Histoire, la Culture, l'Ame de ces pays, auxquels nos héros restent, en dépit de tout, viscéralement attachés! Qui oserait prétendre que le "polar" ne constitue pas une littérature à part entière.

 

LES ROMANS VENUS DU FROID : l'ISLANDE

 

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Défilé lors de la fête nationale le 17 juin

Comment un aussi petit pays (un peu plus de 300 000 habitants) peut-il produire une littérature policière aussi riche ? C'est un mystère, comme l'est pour beaucoup d'entre nous, cette île perdue au milieu de l'Atlantique Nord, aux paysages incroyables de "commencement du monde"! Une explication rationnelle peut toutefois être avancée : les Islandais figurent parmi les plus grands lecteurs au monde et l'Islande détient des records mondiaux de livres lus par habitant. Peut-être les longues nuits d'hiver ne sont-elles pas étrangères à ce phénomène... ? Cette littérature relatvement jeune s'est développée au cours de ces dernières années sous la houlette de Arnaldur INDRIDASON, qui a entraîné dans son sillage d'autres écrivains talentueux tels Arni THORARINSON et Jon Allur STEFANSON.

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Arnaldur Indridason né le 28/01/1961

La force des romans d'Arnaldur INDRIDASON repose avant tout sur la personnalité attachante de son héros, le Commissaire ERLENDUR, défini par l'auteur comme "flic parfait, mais homme en ruine". Taciturne, il vit seul dans un petit appartement (sa tanière), se nourrit exclusivement de plats surgelés et insipides. Sa vie familiale est un désastre : son ex-femme lui voue une rancune tenace,  ses tentatives pour se rapprocher de sa fille qui se drogue sont maladroites. Il ne supporte pas les hivers interminables, pendant lesquels l'île est balayée par les vents, mais  ne supporte pas mieux l'été et son éternelle lumière.

De plus, depuis l'enfance, il porte en lui le traumatisme causé par la mort de son petit frère, disparu dans une tempête de neige à l'âge  de 10 ans alors qu'ils faisaient ensemble une promenade en montagne. Il se sent coupable et se reproche de ne pas avoir su le protéger. Le temps s'est figé et l'image de son frère le hante. Ainsi, dans Hiver arctique, la vision intolérable du corps d'un petit garçon assassiné le renvoie à ce douloureux souvenir et ouvre une nouvelle fois une blessure jamais totalement refermée : "son esprit s'en alla déambuler au-delà des montagnes et des landes jusqu'à un autre enfant qui le suivait comme une ombre triste à travers la vie". Vaine tentative d'exorciser ce fantôme ou fascination masochiste, il se complait à lire des histoires de disparition, fréquentes dans ce pays, et qu'il explique en partie par les conditions climatiques particulières de son île, "enfer météorologique impitoyable, où les gens se perdent et s'évanouissent comme si la terre les avait engloutis."

La nature est très présente dans l'oeuvre d'INDRIDASON. Mais les paysages qu'il dépeint son âpres et sombres, bien éloignés d'une Islande de cartes postales. C'est ainsi qu'il décrit le désarroi d'une jeune Thaïlandaise lorsque, à sa sortie de l'aéroport de Reykjavik, elle découvre le pays où elle allait désormais vivre : "par la vitre du bus, elle n'apercevait qu'un champ de lave tout plat. Nulle part on ne voyait de végétation et même pas un bout de ciel bleu. Quand elle était sortie de l'avion, elle avait senti l'aire polaire se cogner contre elle, comme une muraille glaciale".

Cette terre est également capricieuse, colérique, sujette aux séismes. Dans L'homme du lac, un tremblement de terre a provoqué une baisse du niveau des eaux d'un lac, ce qui a mis à jour un squelette lesté d'un émetteur radio portant des caractères cyrilliques. ERLENDUR va exhumer le passé et son enquête va nous ramener à une époque de la guerre froide.

Guère étonnant que dans un univers aussi hostile, les habitants abusent du Brennivin, le Schnaps local ! On boit beaucoup dans le roman policier islandais ! Drogue, alcoolisme, violence, racisme... Les travers de la Société islandaise sont exposés sans aucune complaisance. L'île, frappée par la mondialisation, n'échappe pas à la tentation de se replier sur elle-même. Face à l'invasion de la culture américaine (ERLENDUR lui-même s'insurge contre l'usage immodéré d'expressions anglaises par ses jeunes collaborateurs), confrontée à une immigration nouvelle, l'Islande s'interroge sur son identité nationale. Cédons la parole à l'un des personnages du roman Hiver arctique :  "Il me semble qu'au fur et à mesure que le nombre d'immigrés augmente, nous devons nous employer à leur enseigner notre histoire, notre culture et à encourager ceux qui acceptent de venir vivre ici, dans le froid, à ne pas leur tourner le dos". Vaste débat qui dépasse les frontières de l'Islande....

Article Signé : Olivier BOULENGUEZ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci à Jacques SALES pour ces belles photos prises lors de son voyage dans l'Ile de Glace en août 2009

Une police réduite mais moderne

La police islandaise présente un format réduit vu le territoire à couvrir : 700 personnes. La population peu nombreuse et une délinquance réduite justifient ce chiffre. Ainsi, en 2003, 83.121 infractions ont été enregistrées dans le pays. 72% étaient des infractions au code de la route, quand 20% seulement de ces faits constituaient une violation du code criminel. Entre 1999 et 2003, on comptait en moyenne un homicide et 13 vols pour 100.000 habitants. Cependant, malgré ce constat avantageux, l'isolement de l'île justifie à lui seul un équipement complet et des équipes autonomes, sous peine d'inefficacité.

Un laboratoire national de police scientifique est ainsi rattaché au National Commissioner. Il contrôle toutes les opérations de police scientifique dans le pays ainsi que les inscriptions dans les banques de données nationales (ADN, enpreintes digitales). Les interventions sur le terrain sont gérées par la police de Reykjavik qui maintient, elle aussi, un laboratoire de police scientifique. Les archives des photos et des enpreintes collectées sont sous sa responsabilité. En 2001, le fichier des empreintes digitales a été informatisé, le redant compatible aux autres fichiers européens.

A l'instar de la Gendarmerie française, la police islandaise dispose d'une unité d'identification des victimes de catastrophes. Elle est certes réduite (1 médecin légiste, 1 dentiste et 2 policiers), mais sa seule existence démontre bien le souci des Islandais à rester en phase avec l'actualité. Cette unité a ainsi été déployée en 1999 au Kosovo à la demande du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La-Haye (Pays-bas).

Une brigade de lutte contre le trafic de drogue existe également au niveau national, ainsi que des cellules de lutte contre le blanchiment de l'argent sale et la délinquance économique et financière.

La police islandaise dispose d'un groupe d'intervention chargé du maintien de l'ordre et de la gestion des interventions nécessitant un usage des armes. C'est le seul cas où les policiers islandais sont armés. Si chaque policier est formé au maniement des armes à feu, il ne porte qu'une matraque et un container lacrymogène en service courant. Les armes à feu sont proscrites, y compris pour le groupe d'intervention lorsqu'il agit dans le cadre normal du service. La proximité prime ainsi sur la dissuasion.

Ce modèle est-t-il transposable, en France par exemple? C'est peu probable. La délinquance, en chiffres et en nature, est totalement différente. Les moyens de la traiter le sont donc aussi.


L'avenir

En tout état de cause, avec un budget de la police s'élevant en 2007 à 110,2 millions de dollars US (soit 260,3€/habitant en France), la police islandaise parvient à répondre efficacement aux exigences de ses administrés. Pour de multiples raisons, elle devra cependant accroître ses moyens et s'adapter aux multiples changements que connaît en permanence le pays.

 


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